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La version anglaise d'un site de cabinet se rédige, elle ne se traduit pas

· Rédaction · 7 min

La version anglaise d'un site de cabinet est presque toujours commandée comme une traduction. Le français existe, il est validé, il part chez un prestataire, il revient en anglais. La page produite est fidèle, correcte, et le plus souvent illisible pour son destinataire.

Le problème n'est pas la qualité de la traduction. Il est dans le fait même de traduire.

Qui lit la version anglaise

Rarement un anglophone curieux. Le plus souvent : un avocat étranger qui cherche un correspondant en France, ou un juriste d'entreprise qui doit choisir un conseil local pour une opération.

Ces deux lecteurs ont la même tâche. Ils doivent **situer** le cabinet, c'est-à-dire son rang, sa taille et la matière que ses associés exercent réellement, dans un référentiel qu'ils maîtrisent, qui est le leur. Ils ne connaissent pas le système français, ou ils le connaissent de loin.

Une traduction littérale leur donne des mots exacts qu'ils ne peuvent pas convertir. Elle transmet l'information et retient ce qui permet de l'interpréter.

Les diplômes

« Master 2 en droit des affaires, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne » devient, traduit, *Master 2 in Business Law*.

Un lecteur américain ne sait pas ce qu'est un Master 2. Il ne sait pas si cela vient avant ou après le diplôme qui permet d'exercer, combien d'années cela représente, ni si c'est un diplôme sélectif. Le terme *Master* évoque chez lui un LL.M., c'est-à-dire un diplôme souvent postérieur à l'admission au barreau et fréquemment suivi par des juristes étrangers. Le contresens est complet.

Ce qui se transmet est l'équivalence fonctionnelle : le niveau atteint, la sélectivité quand elle est notable, et le rapport du diplôme à l'exercice de la profession. Le CAPA se rend en indiquant qu'il conditionne l'admission au barreau : c'est cette information que le lecteur cherche, pas l'intitulé.

Un principe simple : le nom français du diplôme se conserve, et il est suivi de ce qu'il signifie dans le système du lecteur. Ni l'un ni l'autre seul.

Les fonctions

C'est là que la traduction produit les erreurs les plus coûteuses.

**Associé** se rend par *partner*. L'équivalence est bonne, le lecteur comprend immédiatement le rang.

**Collaborateur** n'a pas d'équivalent. Le mot désigne en France un statut particulier : un avocat exerçant à titre indépendant au sein d'un cabinet, avec sa propre clientèle possible, qui n'est ni salarié ni associé. Traduit par *collaborator*, il devient incompréhensible, et vaguement inquiétant. Traduit par *employee*, il est faux. La fonction se rend par *associate*, qui est ce que le lecteur attend à ce rang, et le statut particulier se précise si le contexte le justifie.

**Avocat** pose une question de fond. Le mot n'est ni *lawyer*, qui est trop large, ni *attorney*, qui renvoie au système américain, ni *barrister* ou *solicitor*, qui renvoient à une division du métier que la France ne connaît pas. Beaucoup de cabinets conservent *avocat* en italique, avec une mention de l'ordre d'inscription. C'est le choix le plus exact, et il signale au lecteur qu'il est en face d'un système différent, ce qui est utile.

**Of counsel** existe dans les deux langues et ne pose pas de difficulté, à condition que la fonction recouvre bien la même réalité dans le cabinet.

Les juridictions

« Inscrit au Barreau de Paris » se rend sans peine : *admitted to the Paris Bar*.

Les juridictions sont plus délicates.

Le **tribunal de commerce** se traduit correctement par *Commercial Court*. Mais sa particularité, des juges élus parmi les commerçants et non des magistrats professionnels, est inconnue du lecteur, et elle change ce que signifie plaider devant lui. Une glose courte suffit.

La **Cour de cassation** ne se traduit pas utilement. *Supreme Court* est un contresens : elle ne juge pas les faits et n'a pas la fonction constitutionnelle que le terme évoque en anglais. Le nom français se conserve, avec une précision sur son office.

Le **Conseil d'État** pose le même problème, aggravé par sa double fonction consultative et juridictionnelle.

La règle qui s'en dégage : le nom propre se conserve, la fonction se précise. Traduire le nom fait perdre l'un et l'autre.


Une conséquence pratique

Écrire la version anglaise à partir du fond, plutôt qu'à partir du texte français, a un effet secondaire régulier : elle est plus courte.

La version française d'une notice d'associé contient des éléments qui font sens dans le contexte français, comme un intitulé de diplôme précis, une mention d'établissement ou une formulation d'usage, et qui n'apportent rien à un lecteur étranger. Rédigée pour lui, la notice retient ce qui le renseigne et abandonne le reste.

Les deux versions cessent alors d'être le miroir l'une de l'autre. C'est le signe que le travail a été fait : deux pages qui se correspondent phrase par phrase sont deux pages dont une seule a été écrite.

Cela suppose une conséquence de méthode. Une version anglaise rédigée ne se commande pas à la fin du projet, quand le français est figé et le budget consommé. Elle se conduit avec le français, par la même personne, à partir des mêmes entretiens. C'est un coût réel, et il se décide au moment de fixer le périmètre, pas après.